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Gilets Jaunes, blessures oculaires causées par des armes non létales en France

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Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, est capable de dire au projectile près combien de LBD ont été tirés dans l’année, combien de grenades lacrymogènes… Mais il est incapable de dire la quantité de blessures infligées par ces mêmes armes” explique David Dufresne, auteur des tweets “Allô place Beauveau”, qui recensent les cas de blessures par des armes policières, et auteur du roman “Dernière sommation”. “Depuis le 17 novembre 2018, 2.500 manifestants et 1.800 membres des forces de l’ordre ont été blessés” sont les seuls chiffres qui circulent de la part du ministère de l’Intérieur à ce jour, sans faire état de la gravité des blessures pour les uns ou pour les autres, ni du nombre de morts (Zineb Redouane à Marseille, le 1er décembre 2018, blessée en fermant ses volets par une grenade lacrymogène tirée par les forces de l’ordre, Steve Maia Caniço à Nantes, dans la nuit du 21 au 22 juin 2019, lors de la Fête de la Musique, et sans comptabiliser les décès aux rond-points et points de blocage).

Depuis l’introduction des armes dites non létales en France à la fin des années 1990, il n’y avait plus d’obligation légale de collecter des données sur les blessures causées par des projectiles à impact cinétique, et aucune enquête épidémiologique n’avait été planifiée. Pour estimer le nombre de patients souffrant de lésions oculaires causées par l’utilisation de ces outils de défense, une enquête rétrospective a été envoyée à toutes les chaires de département d’ophtalmologie des hôpitaux universitaires français, où sont gérés les cas les plus graves. Les données démographiques, la date du traumatisme, l’examen ophtalmologique initial et les éventuelles investigations spécialisées, la prise en charge chirurgicale initiale et immédiate de la lésion, le suivi et le pronostic visuel ont été documentés et transmis anonymement.
La revue britannique The Lancet a compilé les données des patients vus entre février 2016 et août 2019. 43 cas ont été identifiés dont 20 (47%) ont été gérés à Paris. Les cas incluaient 38 hommes et cinq femmes, avec un âge médian de 26 ans (extrêmes 15–59 ans).

La plupart des blessures oculaires étaient extrêmement sévères

“Au-delà de perdre un œil, il faut voir toutes les conséquences que ça engendre… Il faudrait un moratoire sur cette arme, l’arrêt complet de son utilisation, pour redéterminer son utilisation au vu des dégâts qu’elle engendre”, Jérôme Rodrigues, l’un des leaders des “gilets jaunes… qui a lui-même perdu un œil suite à un tir de LBD pendant une manifestation.

“L’étude étaye ce que j’ai comptabilisé pendant des mois, mais elle donne des détails macabres et terribles… Que ce soit un travail journalistique ou médical qui rende compte de la situation, on voit que si le gouvernement voulait être transparent, il pourrait l’être. À un moment donné, il faut discuter : qu’est ce qu’une police républicaine peut faire à son peuple lorsqu’il manifeste ? Est-ce qu’elle peut mutiler son peuple ?”, David Dufresne.

Les lésions oculaires étaient unilatérales et concernaient toutes les parties de l’œil. Les armes les moins meurtrières (lance-projectiles en caoutchouc de 40 mm et grenades à balles piégées) étaient la cause présumée de la plupart des lésions oculaires, avec 25 cas de lésion du globe ouvert et 18 cas de meurtrissures à force émoussée. Ecchymoses rétiniennes (n=10), hyphaema (n=10), iridodialyse (n=3), luxation du cristallin (n=1) et cataracte (n=2) étaient les principaux types de lésions oculaires contondantes. La tomodensitométrie a révélé 25 cas de fractures orbitales, 12 cas de fractures faciales simples ou complexes et deux cas de lésions cérébrales. Il est à noter que tous les patients souffrant de lésions du globe ouvert n’avaient aucune perception de la lumière au moment de la référence. L’acuité visuelle initiale était inférieure à 20/100 pour les autres patients, à l’exception de cinq personnes ayant conservé une acuité visuelle. 30 des 43 patients blessés ont eu besoin d’une ou de plusieurs interventions chirurgicales pour réparer le globe oculaire, les paupières, l’orbite ou la tête. Une chirurgie oculaire différée était nécessaire dans 15 cas, y compris une énucléation (9), une chirurgie de la rétine (3), une opération de la cataracte (2) et un lambeau conjonctival (1).
L’augmentation du nombre de lésions oculaires graves, cécitantes et traumatisantes en France au cours des 10 derniers mois pourrait être liée à l’utilisation d’armes à feu pour contrôler les foules. Des projectiles à impact cinétique ont été signalés comme des armes potentiellement dangereuses pour les yeux dans divers pays et régions, notamment aux États-Unis, au Moyen-Orient, en Europe et en Chine.
À ce jour, ces résultats n’ont pas conduit à un moratoire sur l’utilisation de ces armes.

Source The Lancet, 2 novembre 2019 : Ocular injuries caused by less-lethal weapons in France

France Inter, 2 novembre 2019 : “Gilets jaunes” blessés par LBD : “Devant l’évidence scientifique, le gouvernement devrait dire, on arrête

Sylvie FOURCADE

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